Les Albanais et le Ramadan

 

Caricature de
Pajtim, administrateur

 

Dans un de nos précédents articles, nous avons évoqué la religion des albanais et vous avez pu découvrir la place secondaire qu’occupe cette notion chez une majorité d’entre eux. En effet, avant d’être musulman, catholique ou orthodoxe, les albanais sont d’abord ALBANAIS, et c’est ce qui prime à leurs yeux. D’ailleurs, le poème « O moj Shqipëri, e mjera Shqipëri » (O Albanie, pauvre Albanie) de Pashko Vasa résume très bien cette idée. De plus, aujourd’hui, le pourcentage de la population étant réellement pratiquante est en constante diminution. Les quelques fêtes et principes théologiques qui sont encore respectés le sont, la plus part du temps, davantage par soucis de tradition que de religion. C’est ainsi le cas du Ramadan et il serait intéressant d’en comprendre un peu plus en détails les tenants et les aboutissants de cette pratique.

Le nom Ramadan vient du mot arabe ramida, ou ar-ramad, qui signifie une chaleur et une sécheresse intenses, brûlantes, concernant particulièrement le sol. Certains disent que ce nom vient du fait que le Ramadan brûle les péchés grâce aux bonnes actions, comme le soleil brûle le sol.

Le Ramadan est probablement le rite religieux musulman le plus universellement observé. Il est le neuvième mois du calendrier lunaire islamique. On calcule le premier jour du mois en fonction à la fois d'observations physiques de la lune et de calculs astronomiques. Ce premier jour n'est pas le même d'un endroit à l'autre car, à certains endroits, on se base beaucoup sur l'observation de la lune, et, à d'autres, on se réfère entièrement aux calculs. Le calendrier islamique comptant 11 à 12 jours de moins que le calendrier grégorien, le mois du Ramadan parcourt le cycle des saisons. C'est-à-dire que le Ramadan se déplace de 10 à 12 jours chaque année. Le cycle entier est parcouru en environ 35 ans. L’année dernière, le Ramadan a commencé approximativement le 1er septembre 2008 et s'est achevé le 30 septembre 2008.

On sert un repas (sahur) avant l'aube et un autre après le coucher du soleil (iftar), à la rupture du jeûne. La prière a lieu quelques minutes après le coucher du soleil. Comme le Ramadan met l'accent sur la vie communautaire, l'iftar est souvent partagé en famille ou avec des amis, des parents ou des voisins y sont également invités.

Les 10 derniers jours du Ramadan sont considérés comme hautement bénis, et en particulier la 27ème nuit, la nuit du destin, Laylat al-Qadr, nuit pendant laquelle le Coran a été révélé à Mohammed. Pour beaucoup de musulmans pieux, cette période est marquée par une intensité spirituelle toute particulière, et ils passent ces nuits à prier et à réciter le Coran. Les trois jours après le mois du Ramadan sont des jours de fête, appelés l’Aïd-al-Fitr, la fête de la fin du jeûne.

Au Kosovo, la disparité de pratique religieuse est très flagrante entre villes et campagnes. Dans les villes, l'attrait pour le "monde occidental" fait que les jeunes sont davantage intéressés par les boites de nuit que par les prières. En revanche, dans les villages, l'ambiance est tout autre. Vous ne pourrez qu'être admiratifs devant le "micro Etat" qu'est chaque village, où tout est guise à débrouillardise, surtout l'été.

Durant les périodes de fêtes tel que le Ramadan, la vie quotidienne est centrée sur le minaret de la mosquée et son muezzin. Au milieu de la nuit, femmes et hommes se lèvent ensemble pour un petit déjeuné copieux, car le sahur (syfyr en albanais) doit permettre de tenir toute la journée sans boire ni manger jusqu'au couché du soleil. Après s'être rassasié, tout le monde retourne se coucher afin de profiter des quelques heures de sommeil restantes avant le début de journée. Quand celle-ci commence, les femmes s'affairent au ménage et les hommes, fourche et râteau à la main, se rendent aux champs. Rappelons qu'au Kosovo, une grande partie de la population travaille dans le secteur primaire. Les journées sont longues et les températures caniculaires. Beaucoup apprécient donc la venue du crépuscule. Une fois le soleil couché, le minaret fait résonner à travers le village la voix du muezzin appelant à la prière, synonyme de rupture du jeûne. Chacun se hâte pour retourner à la maison et y retrouver femme et enfants autour d'un généreux repas, souvent préparé avec des produits de la maison, issus de l'élevage de volailles et du jardinage. On s'y retrouve avec voisins et voisines, cousins et cousines, frères et soeurs, oncles et tantes. Le tout dans l'esprit du partage et de la convivialité. Tel est l'esprit religieux et traditionnel dans lequel on peut se retrouver dans la majorité des villages...

D’un point de vue spirituel, la période du Ramadan est un temps consacré à une réflexion intérieure et à la maîtrise de soi. Cela consiste à lutter contre ses désirs humains intérieurs. Sawn, le mot arabe désignant le jeûne, signifie davantage que s'abstenir de nourriture, de boisson, de cigarettes ou de rapports sexuels entre le lever et le coucher du soleil. Ce n'est pas non plus une question de comportement extérieur, c'est un engagement privé et un combat contre l'homme intérieur en faisant le point sur ses faiblesses personnelles.

 

Texte de
Blerim et Pajtim, administrateurs
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