LES FILS DE L'AIGLE : Entre intégration et crise identitaire

Deuxième partie

 

La chose est d'autant plus difficile si on en a été la victime.

 

Cherchant un emploi afin d’arrondir les fins de mois, je contacte une entreprise de sécurité réputée en Suisse romande. Suite à cela, je suis contacté par le Responsable des Ressources Humaines de l’entreprise pour un rendez-vous au siège de la boite dans le canton de Fribourg. Après avoir dûment complété un formulaire, dont je remplissais toutes les conditions; Casier Judiciaire vide, Taille, Poids, Connaissances en sport de combat, etc.

Je me trouve devant le RRH pour une discussion portant sur le métier. Pensant avoir mis toutes les chances de mon coté, je tombe vite des nues devant cette personne qui m’explique qu’en tant que Responsables des Ressources Humaines, il est chargé d’engager du personnel mais qu’il a l’incapacité de le faire quand il s’agit de candidats albanais (!). En effet, après avoir rencontré multitude de problèmes avec des personnes de cette origine, il est obligé de consulter le directeur général pour valider son préavis (qui était positif).

J’attends alors deux semaines, mais rien ne me parviens. Je contacte ensuite le RRH, mais très gêné et n’arrivant pas à m’expliquer les raisons de ce manque de réponse, il me conseille de m’adresser au directeur. Dès lors, j’envoi un mail à ce dernier, puis un courrier qui resteront lettres mortes.
Je me suis donc rendu compte de par moi-même que cela arrive et plus souvent qu’on le croit.

Je n’en veux pas à cette entreprise de discriminer à l’embauche c’est pour cette raison que leur nom ne sera pas dévoilé, je trouve juste regrettable d’en arriver à des critères basés sur la race et non sur la compétence.

                                   

Certains dirons que le texte perds toute objectivité du fait que je témoigne d’un fait vécu, je leurs réponds d’avance que c’est uniquement pour témoigner que l’injustice peut frapper n’importe qui, peut importe la situation sociale, l’emploi, etc. etc.… Ceci sans vouloir tomber dans la victimisation, que se soit clair.


Par ailleurs, je vous rappelle chers lecteur que même étranger, on a des droits. En cas de nécessité, il faut les appliquer au même titre que tout le monde, comme en atteste l’article 261bis du Code Pénal suisse traitant de
la Discrimination raciale :

 

Celui qui, publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse;

(…)

Celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance ethnique ou de leur religion ou qui, pour la même raison, niera, minimisera grossièrement ou cherchera à justifier un génocide ou d’autres crimes contre l’humanité;

Celui qui aura refusé à une personne ou à un groupe de personnes, en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, une prestation destinée à l’usage public,


Sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

 

 

Crise identitaire


Que faire ? Tel est la question que se posent les jeunes Albanais de Suisse. Pour la majorité qui est très bien intégrée, ils sont discriminés et on ne leurs donne pas l’occasion de prouver ce qu’ils valent.

Comme si cela ne suffisait pas, un nouveau phénomène fait son apparition depuis quelques années. Dans leurs pays d’origine, une sorte de «discrimination interne» est entrain de se mettre en place.

Une grande partie de la diaspora albanaise retourne chaque année au Kosovo pour les vacances d’été principalement. Arrivant avec des « voitures allemandes », pour ceux qui font le millier de kilomètres par les routes, ils se démarquent d’entrée avec la population du pays, dont l’économie ne permettrait pas de tels achats. Cette différence financière fera émerger un terme n’appartenant pas à la langue albanaise : « AUSLÄNDER », traduisez « étranger » en Allemand.

Ce n’est en aucun cas une discrimination raciale, elle est d’ordre économique. Mais les conséquences peuvent être tout autant néfastes car il n’est point évident d’être un jeune albanais d’Europe, traité « d’étranger » dans le pays d’accueil, qui ne peut se tourner vers son pays d’origine parce que « ausländer ».

Avec la deuxième et la troisième génération, qui sont nés en Suisse et qui maitrisent mieux la langue française qu’albanaise, la situation est d’autant plus difficile à vivre car ces jeunes subissent une histoire dont ils ne connaissent pas l’origine. Tout cela fait qu’ils sont confus dans leur psychisme, ce qui se traduit souvent par des troubles comportementaux, violences et autre voie de fait.

Je ne cautionne bien évidemment pas ces actes, mais en comprendre la cause permet d’avoir un autre point de vue sur les jeunes étrangers d’origine albanaise en Suisse. Mais si cette même jeunesse connaissait les raisons de sa présence sur le territoire Helvète, son comportement serait peut être différent.

Il appartient donc à toutes les associations albanaises, ainsi qu’aux parents mais aussi au gouvernement Fédéral de prendre ces jeunes par la main afin de leurs montrer le chemin à suivre, sans oublier d’indiquer celui de par lequel ils sont arrivés jusqu’ici.



L’espoir en conclusion


Arrivé à ce stade, je me demandais comment conclure un tel article. Sur quelle note terminer ce texte? Puis je me suis souvenu soudainement de cette phrase «
 L’espoir, on y a droit à cela ».

L’espoir, non pas parce que la situation est catastrophique et qu’il nous reste plus que l’espoir, mais parce que l’espoir pourrais être le prénom de tout jeune albanais en suisse. La richesse qu’elle apporte est le témoin d’une intégration et cohabitation tout à fait possible.

La dernière en date est la victoire des jeunes footballeurs des M17 (moins de 17 ans) qui a gagné la coupe du monde.

Dans «Le Matin», Nicolas Jacquier jubile dans son éditorial: «Les champions du monde de football 2009 ne sont ni Brésiliens, ni Italiens, ni Allemands, ni Argentins... Ils sont Suisses. Non, vous ne rêvez pas...». Le journaliste ajoute que «Ce triomphe d'une Suisse multiculturelle constitue l'une des plus belles pages de l'histoire du sport. Aux aînés de l'équipe A de s'inspirer des prouesses de ces juniors pour briller à leur tour en juin 2010 en Afrique du Sud».

« Suisse multiculturelle », en effet 13 joueurs sur 21 sont binationaux dont trois d’origine albanaise.

 

 

 


© Keystone

 

A travers leur parcourt, le cœur battant, la suisse entière s’est félicitée de leur victoire, oubliant durant quelques instants origine, couleur et religion.

Que se soit par le sport ou par la profession, on assiste à un véritable renouveau ou les étrangers font part de leurs capacités. Au jour d’aujourd’hui, ils sont architectes, ingénieurs en génie civil, charpentiers, mécaniciens…

Cette Suisse multiculturelle doit être mise en avant car mieux que de force, on devrait cohabiter de gré ensemble. Profiter de la chance que nous donne ce pays afin d’être un exemple pour démontrer au monde entier que le multiculturalisme est une richesse et non un fardeau… 

 

Pajtim, administrateur

 

Commentaires (4)

1. ADMINISTRATEURS (Pajtim) 07/12/2010

Bonsoir « Besi »,


Ce qu’il faut dire avant même d’évoquer la discrimination, c’est que l’histoire des immigrés albanais est radicalement différente comparée à celle des italiens, portugais et espagnols.
Les trois grandes vagues d’immigrés albanais l’ont toujours été pour des raisons différentes les unes des autres ; l’économie, la crise politique et la guerre.
Il y néanmoins un élément qu’il ne faut pas nier, c’est la religion. Comme on a pu le constater ces dernières années avec la montée de l’islamophobie à travers toute l’Europe, notamment grâce aux différents partis d’extrême droite.

Maintenant je me joins à vous dans l’idée que c’est aux immigrés albanais de démontrer leur capacité d’intégration. Notre présence ici témoigne du fait que la majorité de la population helvétique nous a acceptés, (majorité qu’il ne faut pas confondre avec une minorité xénophobe). Par contre, j’estime personnellement que l’intégration doit être un état d’esprit, une conviction intellectuelle et non pas une « solution forcée ». Je fais référence au « mélanges » que vous avez évoqué. Ainsi, je pense qu’il ne suffit pas d’être marié à une portugaise, italienne ou espagnole pour convaincre de son intégration.

Tout passe par le dialogue ! Encore faut-il accepter de s’écouter les uns les autres.

Cordialement

2. Besi 09/09/2010

Je suis content que dans ton article, tu ais souligné que le communautarisme était une réaction contre le racisme et non un objet, ou coutume de notre peuple, en effet il faut accepté la suisse multiculturelle et tenté de s'y intégré, comme l'on fait avant nous les italiens(pour les espagnols et les portugais je pense que c'était pas pareil car ils n'étaient pas autant discriminé que les italiens ou que nous, les albanais, maintenant). Donc si on veut que les suisses nous acceptent, nous devons aussi accepté la suisse multiculturelle, et c'est a nous de prouver que un albanais peu tout aussi bien enseigné, déssiné des batiments, défendre quelqu'un devant une cour, ou opéré quelqu'un et lui sauvé la vie, etc. La suisse ne nous aidera certainement pas a cela,(UDC raciste, partis de gauche tro faible!) donc meme si c'est plus difficile pour nous que pour les autres, c'est a nous de nous mélangés, non seulement avec les suisses mais avec le reste des minorités ethniques(mariages, amitiés). J'éspère que vous comprenez mon point de vue, en résumé:

-Les albanais doivent se mélangé et prouvé ce qu'ils valent, car comme dans chaque pays, les immigrés ont un chemin a parcourir afin d'être reconnu en tant qu'individu!

Ceci est d'autant plus difficile qu'à la maison, on a des parents qui ont une mentalité totalement différente de la suisse, et nous on est entre les deux! donc, il faut savoir s'intégré et arriver a ce que nos parents n'ont pu arriver.

3. Social Traitre 30/05/2010

Salut a tous ,

Ca va etre difficile de se comprendre. perso ma famille m a degouté . La c est plus une cassure c est carrement un rift. J ai peu de point commun avec les albanais qui ont grandi la bas (exepté la langue -guegue je precise). c est tres dommage. et comme dirait mon grand pere (de Kukes) L albanie c est tres beau mais c est mal peuplé ^^

4. Get 18/01/2010

Tout ce que tu as décris dans cet article m'a fai tout de suite pensé à moi , j'ai cru que j'étai le seul à voir qu'il y avait comme une cassure, mais non. Comme le dit ton article , les "auslanders" ne sentent non seulement pas chez eux en Suisse ( a cause de la différence de culture ) mais aussi au kosovo ( du fait qu'il aient pas passé leurs jeunesse, là-bas, ou du fait que les gens jalousent notre situation économique). Bref ésperons , que dans les années à venir, on pourra être tous plus uni, malgré nos provenances ( kosovo, albanie et macédoine) et nos cultures (Diaspora Albanaise et ceux qui vivent encore ne Atdhe)
.

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